C'était un soir d'hiver, clair et doux. Pas un nuage pour cacher la lune, sa lumière perçait dans les ténèbres de la nuit. "Mauvaise nouvelle les enfants : votre mère et morte." Mon père n'a pas l'habitude de passer par quatre chemins; moi non plus. "Ah. Merde." Ce n'est pas du désintérêt, j'ai bien compris. Les enfants comprennent plus de choses qu'on ne le pense. Je pars vers ma chambre, pour sortir quelques minutes plus tard dans le jardin. Dieu ? Je ne le connaissais pas. Pourtant j'ai prié.
Le ciel était si beau, tu as du trouvé ton chemin.
C'est comme si toute mon histoire en Corse n'avait été qu'un rêve, comme si elle avait disparu; je voulais qu'une chose, retourner en France. "T'es pas triste que maman soit morte ? Elle te manque pas ?" "Toute façon elle râlait tout le temps."
Et pleurait, surtout...
Quelques mois plus tôt, Elle se disputait avec ma tante et ma grand-mère. Ses problèmes de santé les inquiétait, mais je comprenais rien. Tout ce que je voyais c'est qu'elle souffrait. Que dire ? "T'en fait pas maman c'est pas ta faute..." Silence. "Non... c'est moi... j'ai tout foiré..."
Mais non. Non c'est pas vrai...
Quand Elle était triste comme ça, un jour, elle a entendu des voix dans la forêt. Des chants envoutants, traversant les feuilles des arbres, l'entourant. Je me demande si je les entendrais ces voix, un jour, moi aussi...
Souvenirs, souvenirs, souvenir, quand tu nous tiens...
Septembre 2001; ma grand mère décède. Je la connaissais pas vraiment à l'époque, mon père me propose malgré tout de venir lui rendre visite sur son lit de mort. Quel choc ! Là j'avais compris : le vide dans ses yeux, le corps durci et froid. Depuis ce jour, une carcasse de moucheron me glace le sang. "Mais alors, ma mère elle est pareil..." Le début du deuil. J'ai dessiné un ange, allumé deux bougies, pleuré dans mon lit, et compris que les emmerdes existaient. Depuis ce jour, quand je me sens seule je dessine un ange.
Je dessine beaucoup d'anges...
Mes amis parlent beaucoup de leur famille, de leur mère. Et quand on me demande, j'ai envie de répondre : "Ma famille à moi, elle est brisée". A la place je leur dis "Ma mère est morte". Les mots sont plus limpides, et le sens reste le même.
Et merde !! Pourquoi j'aurais pas le droit de parler de ma mère moi aussi ?! C'était une femme très belle, gentille, amusante, fantaisiste. Un peu schizo, admettons. Mais comment aurait été la vie si tu étais restée ? Meilleure ? J'ai du mal à penser le contraire.
Je me suis débrouillée sans toi.. C'est vrai, je nettoie la maison, je m'engueule avec Papa, je me réconcilie avec lui, j'écoute ses histoires de cul, je m'inquiète pour Samuel, je m'occupe de Pluto (mon alter ego chien ^_-). Oui, tout pareil que toi ! En attendant de trouver, à nouveau, moi aussi, quelqu'un pour me protéger. Et qui ne soit pas un fantôme.
Pour le plus beau des anges, qui garde une place d'honneur dans nos c½urs.


